Où en est ce blog ? Considérations sur les sites personnelles

Le présent billet rompt plus d’un an et demi de silence sur ce blog.

Pendant ce temps, j’ai (entre autres passe-temps) été pris dans une profonde réflexion sur la notion même de site personnel (au sens large, c’est à dire celui de site d’un particulier, par opposition à la notion de site institutionnel, d’entreprise ou de toute autre forme d’organisation).

Première génértation : les pages perso

Internet est progressivement devenu accessible au grand public à partir du milieu des années 1990. A cette époque, j’effectuais des études en informatique, j’ai eu le privilège (sur les ordinateurs de l’université Lyon 1) de faire partie de la première vague d’utilisateurs grand public d’Internet en France (après les militaires et les chercheurs).

A cette époque, faite de connexions 56K payantes au temps passé sur des lignes de téléphone non dégroupées, pour la plupart des abonnés, l’accès à Internet se limitait à un acte de consommation de l’information. Seule une toute petite minorité d’initiés (plus ou moins) pouvaient se lancer dans l’entreprise de réaliser un site personnel (avec plus ou moins de bonheur en termes de design : c’était aussi l’époque des frames, des gifs, des « roues en feu » et des sites « sapins de Noël »).

Il fallait en effet maîtriser certaines arcanes : avoir au moins des rudiments de HTML, comprendre la différence entre une URL absolue et une URL relative, savoir utiliser une connexion FTP …

La première génération de contributeurs de cet Internet de la société civile était donc constituée d’éléments devant avoir une certaine dose de connaissances et / ou de motivation pour s’aventurer à publier un site personnel à une époque n’offrant pas les facilités que l’on connaîtra plus tard. A cette époque, on appelait de tels sites des « sites perso » ou des « pages perso », tout simplement.

Deuxième génération : les blogs

Un peu plus tard, au début des années 2000, sont apparus des outils pour démocratiser la possibilité de s’exprimer en ligne. Il pouvait s’agir de moyen collectifs, comme les wikis (au premier rang desquels Wikipédia), ou personnels comme les blogs qui commençaient à apparaître sur des plateformes dédiées comme Wordpress ou Blogspot. Cette évolution a été considérée comme étant suffisamment importante pour que l’on qualifie cet élan de « web 2.0 ».

Les blogs ont donc petit à petit supplanté – et dans une certaine mesure ringardisé – les sites personnels de la première génération. La publication en ligne devenait techniquement plus accessible, notamment grâce à des interfaces web permettant l’édition du contenu directement ligne, dans un format plus facile à appréhender que le HTML, le tout en se passant de l’étape FTP. Ainsi arrivait avec accessibilité nouvelle une deuxième génération de contributeurs, bien plus nombreux que ceux de la première.

Aujourd’hui : les réseaux sociaux

Encore un peu plus tard, à partir du milieu des années ont commencé à apparaître une nouvelle génération de gestionnaires de contenus en ligne : les réseau sociaux sous différentes déclinaisons, du « mur personnel » de Facebook aux messages de 140 caractères maximum de Twitter.

Sous la poussée de ces réseaux sociaux, les blogs sont petit à petit à leurs tour passés de mode.

La « blogosphère » existe toujours. Les sites personnels n’ont pas totalement disparu non plus. Mais le gros des masses, des plus jeunes qui n’ont pas connu l’Internet sans Google aux plus vieux qui ont connu l’époque à laquelle le Minitel était le comble de la modernité, est aujourd’hui sur ces réseaux.

Ils constituent – en quelques sorte – la troisième génération de contributeurs, si l’on peut toutefois encore vraiment parler de contributions.

L’émergence de la trivialité

Le fait est que la démocratisation d’un moyen d’expression s’accompagne invariablement de la dilution de la profondeur de son contenu.

Quand les livres étaient coûteux à produire, on les réservait à ce qu’on considérait comme important (du moins pour ceux qui en détenait les moyens de production). Ainsi du temps des moines copistes, on ne jugeait guère que la bible à être digne de suffisamment d’intérêt pour que l’on passe de longues heures à la recopier à la main.

Puis au temps des premières presses, le champ s’est ouvert aux traités de connaissances, à la philosophie, puis à la littérature (la grande, puis la moins grande).

Aujourd’hui, on peut trouver Voici, et même des publications encore plus triviales, toutes les semaines en kiosque.

La publication sur Internet n’a pas échappé à cette règle. Comme il devient plus facile de publier, on voit apparaître des contenus plus triviaux. Alors que les « sites persos » de la première génération demandaient l’investissement que seuls des passionnés pouvaient fournir, on trouve aujourd’hui routinièrement des tweets dans lesquels les gens informent la planète sur ce qu’ils ont pris au petit déjeûner, des millions de commentaires se résumant à « lol » et des murs de photographies de chats ou de selfies.

To blog or not to blog?

Pour en revenir à mon propos sur ce blog, je dois d’abord confesser qu’il n’en est qu’à moitié un. Il s’agit en fait, de part la technologie utilisée, plutôt d’un site personnel de première génération maquillé en blog. En effet, je n’utilise aucun des CMS disponibles sur le marché et encore moins de plateforme d’hébergement spécialisée.

Culturellement, je fais fondamentalement partie de la première génération de contributeurs : ceux qui savent comment faire et qui tiennent à garder le contrôle car ils en ont les capacités techniques. J’ai acheté mon propre nom de domaine et mon propre espace hébergé. Je contrôle toute la chaîne de production de ces pages que vous avez présentement sous les yeux, de l’éditeur de texte que j’utilise à la publication en FTP en passant par la génération des pages dans différents formats de fichiers successifs, du Markdown que j’ai choisi pour sa facilité d’édition au HTML que réclament les navigateurs ou au PDF qui a la préférence de ceux qui voudraient télécharger un billet en particulier pour archive.

J’ai juste fait en sorte que les pages HTML ainsi générées aient un aspect proche de ce que présentent généralement les plateformes de blog les plus poulaires, avec des listes d’étiquettes associées aux billets, des archives chronologiques, des présentations résumées des billets …

Je me suis tourné vers ce format à une époque où je me suis moi-même mis à suivre certains bloggueurs sur des sujets qui m’intéressaient. Mais rétrospectivement, je me suis aperçu qu’il y a une grosse différence entre les blogs que j’aime suivre et celui que je produit : la plupart ce ces blogs abordent une thématique plus ou moins confinée alors que le miens aborde de multiple sujets n’ayant parfois pas de rapport les uns avec les autres. Quel rapport en effet entre la peinture de figurines et l’entraînement physique ou les logiciels libres ?

Des blogs multi-thématiques tels que celui-ci existaient dans le début des années 2000. Mais ces blogs ont aujourd’hui largement disparu au profit des réseaux sociaux, ce qui semble naturel puisque la démarche de ces blogs pouvaient en général se résumer à « voici qui je suis et ce que j’aime (lol) ».

Les seuls blogs qui restent sont ceux qui explorent plus en profondeur un thème particulier. Mais ces blogs ne sont-ils pas en fait des sites qui auraient fondamentalement eu vocation à se présenter sous la forme de « vrais » sites personnels, comme ceux de la première génération, comme ceux de l’époque où on ne s’investissait dans une telle entreprise qu’à condition d’avoir la conviction que ce qu’on va publier vaut vraiment la peine d’être lu (du moins par des personnes avec lesquelles on aurait une convergence de centres d’intérêt) ?

Ne prennent-ils pas la forme de blogs que par facilité technique (pour l’auteur et non pour le lecteur) ? Et tant pis si la présentation chronologique est moins optimale qu’un classement thématique bien rangé. Et tant pis si la présentation thématique que permettent néanmoins les étiquettes serait probablement mieux servie par un ordre autre que celui de l’alphabet.

Je m’interroge donc sur la pertinence d’un blog en tant que forme de publication. Quelle est la place d’un billet de blog entre la profondeur d’un véritable article de fond d’un site dédié et la trivialité d’un tweet de réseau social ?

Et si les seuls blogs qui restent aujourd’hui sont en fait des sites dédiés qui ne prennent la forme de blogs que par facilité pour des gens qui ne savent pas mieux faire (ou qui n’ont pas de temps à y consacrer), en quoi serait-il pertinent que je mime ce format avec les technologies avec lesquels je suis à l’aise et qui sont – par nature – celles des sites dédiés ? Est-ce qu’un carreleur de profession choisirait d’installer un carrelage imitation lino chez lui ?

Quel lectorat présentera exactement la même combinaison de centres d’intérêts que moi et sera attiré par un site ou blog traitant tout à la fois de logiciels libres, de nutrition et de jeux de rôle ? De toute évidence, des lectorats séparés seraient mieux servis par des sites séparés avec des thématiques recentrées : un site sur la peinture de figurine qui présenterait dans le bon ordre tout ce que je pense avoir à montrer sur le sujet, puis un autre sur la nutrition et l’entraînement physique, encore un autre sur le développement logiciel et les logiciels libres …

Bref, j’ai commencé à vouloir « mon blog » dans les années 2000, quand ils sont devenus à la mode. Aujourd’hui cet mode est passée. Et peut être que de mon côté j’ai mûri suffisamment pour assumer le fait que je suis de la première génération, peu importe si c’est ringard ou non. J’ai les connaissances et les moyens, pourquoi ne les mettrais-je pas pleinement à profit plutôt que de singer la méthode qui a été inventée pour ceux qui n’ont pas la connaissance ou les moyens ?

A l’occasion d’une restructuration de mon sit en 2010, j’écrivais :

Si j'ai différentes idées pour mon site, plutôt que de les mettre en concurrence les unes avec les autres, je vais mettre à profit leur complémentarité en utilisant des sous-domaines.

En conséquence, le présent espace qui a constitué l'intégralité de mon site web de fin 2006 à fin 2010 sera désormais simplement mon blog (confiné dans le sous-domaine blog.guillaumeponce.org).

Sauf que ce n’est pas ce que j’ai fait. Comme tout était en place avec des étiquettes pour figurer les différents thèmes que j’aurais pu aborder dans ces sites séparés, je me suis laissé aller à une certaine paresse.

Mais aujourd’hui ma réflexion quant aux limites de ce format a mûri. Je suis peut être prêt à retourner à ce plan de 2010 et peut être que cela signera l’arrêt de ce blog (qui restera cependant en ligne pour archive dans la mesure où ça ne coûte rien de plus).

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